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?L’inconvénient?, hiver 2018-2019, no 75.
Photo: L’inconvénient ?L’inconvénient?, hiver 2018-2019, no 75.

La manière dont est produit le conformisme actuel tient dans une importante mesure au fonctionnement même des médias sociaux, et plus précisément à des biais cognitifs auxquels ils peuvent nous faire succomber. Le point de vue de Deb Roy, un spécialiste américain de la question, est aussi le mien?: ??Nous nous sommes tous retirés dans des recoins virtuels ultrapartisans, ceci en bonne partie à cause de ces compagnies possédant Internet et les médias sociaux, lesquelles déterminent ce que nous voyons en fonction de ce sur quoi nous avons préalablement cliqué et qui nous redonnent ensuite plus de contenu similaire. En bout de piste, les points de vue opposés aux n?tres sont écartés et nous nous retrouvons uniquement avec du contenu qui renforce ce que nous pensions dès le début.?? […] à cause de nos biais cognitifs, nous tendons à ne plus voir ou entendre que ce qui confirme notre position, et à ne plus voir ni entendre ce qui risquerait de l’infirmer ou de nous amener à la nuancer. Nous tendons à adopter une même solution ou une même réponse face à un problème donné, et à l’appliquer systématiquement […].

Ces effets sont bien documentés et nous font courir un grave danger?: celui de devenir aveugles à ce qui pourrait bien ne pas conforter notre point de vue ou notre vision des choses mais serait néanmoins vrai, ou partiellement vrai. Pensez à cette masse d’informations qui passent devant nos yeux et qu’on ??retweete??, republie ou commente, parfois instantanément ou presque. La conversation démocratique est ici autant mise à mal que la pensée critique individuelle. Une étude récente parue dans Nature mettait d’ailleurs en garde contre le fait que le faux, dans ce monde virtuel, se propage plus rapidement que le vrai, toutes catégories d’informations confondues (et plus encore le faux concernant le politique…), et que ce sont les humains, et pas les robots, qui en sont la cause. […] Je soutiens que la polarisation et la radicalisation sont des effets probables de ces modes de pensée, de discussion et d’interaction et que le conformisme prend alors des formes passablement inédites, et pas seulement par leur ampleur.

Théories de l’identité

Mais il me?semble que, à en rester là, on manque quelque chose d’important qui caractérise le conformisme actuel?; et c’est pour le mettre en évidence que j’avance ma deuxième hypothèse, qui concerne les théories dites de l’identité. […] Le postmodernisme désigne, comme on le sait, un ensemble de thèses avancées par des auteurs fran?ais à partir des années 60 et qui se sont répandues dans les universités, puis ailleurs dans notre culture. […]

S’expriment aussi dans le postmodernisme une grande sensibilité envers le langage en tant qu’il déploie le pouvoir?; l’idée que les idéaux des Lumières, malgré ce qu’il peut sembler, sont en réalité oppressifs et constituent le masque du colonialisme, du sexisme, du patriarcat, du capitalisme, du racisme et ainsi de suite?; un relativisme des valeurs fondé sur un rejet de l’idée de progrès chère aux Lumières parce qu’elle serait illusoire?; un rejet du libéralisme politique et de sa prétention universelle?; et une prééminence accordée à la subjectivité. Ces idées ont ouvert la voie aux politiques actuelles de l’identité. Elles modifient considérablement les termes dans lesquels se con?oivent et se mènent les luttes sociales et politiques. Là où, au nom d’un universalisme libéral, on réclamait pour l’individu la fin des injustices qu’il subissait par défaut d’étendre à lui ce qu’avance cet universalisme, on en vient à ne considérer l’individu qu’en tant que membre d’un sous-groupe donné, à demander que l’on accorde de la valeur, voire toute la valeur à ce qui caractérise ce groupe et son expérience particulière. […] Je ne peux pas me?risquer ici à soupeser les mérites respectifs de ces deux approches, l’universalisme libéral, largement inspiré des Lumières, et les politiques de l’identité, inspirées du postmodernisme. Mais il me?semble clair que les théories de l’identité, en l’absence de critères objectifs de vérité et de valeur, risquent fort de conduire à des discussions très polarisées, où la sensibilité au langage occupe une grande place, et où des accusations de faute morale sur fond de vertu autoproclamée prendront aisément la place des faits et des arguments.

Le conformisme actuel ressemble souvent à cela, chacun étant renvoyé à son groupe et sommé de s’y identifier et d’entrer dans la lutte — à partir d’injonctions morales données comme aussi vertueuses que décisives et de sommations à se taire adressées aux récalcitrants. Les appels à l’émotion, les postures victimaires, l’invocation de l’expérience personnelle, la censure tiennent alors trop souvent lieu d’arguments.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte paru dans la revue L’inconvénient, hiver 2018-2019, no 75.

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  • Nadia Alexan - Abonnée 29 janvier 2019 03 h 15

    L'individualisme victimaire a remplacé l'universalisme des Lumières.

    Vous avez raison, Monsieur Baillargeon. Effectivement, les médias sociaux ont détruit l'esprit critique et la quête du savoir pour le remplacer par le conformisme et la pensée unique.
    La liberté d’expression ou l’art du débat sont au centre des principes vitaux de nos sociétés. Mais, l’anonymat de certains réseaux, forums ou autres espaces de discussion a permis à la haine, aux préjugés ou aux insultes de surgir ; certaines personnes sont dénoncées aveuglément. On a remplacé la substance et l'argumentation par un consensus superficiel.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 29 janvier 2019 08 h 39

    C'est surtout la manière qui a changé, pas nécessairement le monde

    Peut-on croire que les choses soient vraiment différentes aujourd’hui par rapport aux quelques décennies qui ont précédé? Je n’en suis pas convaincue. La différence apparente tient du fait que de nos jours, les informations qui nous intéressent viennent vers nous et plus rapidement. Avant Internet, les gens qui voulaient lire ceci ou cela comme informations choisissaient soit Le Journal de Montréal ou Le Devoir ou La Presse. Il fallait se les procurer et payer. Mais celui qui qui était intéressé par l’information contenue dans Le Journal de Montréal n’achetait pas Le Devoir, et vice versa. Pour les livres, c’est la même chose. Empruntés dans une bibliothèque ou achetés dans une librairie, les livres que les gens lisaient correspondaient exactement à ce qu’ils voulaient lire, et il fallait faire une démarche en ce sens, contrairement à aujourd’hui où les contenus viennent vers nous automatiquement à la faveur de quelques clics.

    Je ne suis pas convaincue que les gens avant Internet cherchaient impérativement des contenus qui s’opposaient à leurs points de vue de façon à les modifier. Du faux et du vrai, il y en avait. De la polarisation tout autant, chaque camp étant certain de détenir la vérité, donc la vertu, à tort ou à raison; leurs arguments n’étaient certainement pas tous objectifs et se prêtaient facilement à des dialogues de sourds. Enfin, c’est juste la manière et surtout la vitesse qui ont changé, et la quantité aussi, il faut bien le dire, ce qui est plus propice à noyer le poisson. Mais il reste que le fond, quant à lui, il est demeuré sensiblement le même.

    • Stéphane Laporte - Abonné 29 janvier 2019 19 h 20

      D'accord avec vous

  • Rino St-Amand - Inscrit 29 janvier 2019 09 h 37

    Tel que voulu

    Cette idée (concoctée par l’École de Francfort, promue par le Congress for Cultural Freedom et les Cultural Studies, sans oublier le concours de la CIA) de diviser la société en sous-groupes, était à l’origine conçue pour détourner les mouvements de gauche des idées marxistes et du communisme, tel que pratiqué de l’autre côté du rideau de fer, mais maintenant que nous avons abandonné la lutte des classes pour nous chamailler entre nous (entre petits groupes), il faut admettre que touts les obstacles ont été levés pour donner la voie libre au néo-libéralisme.

    • Jean Duchesneau - Abonné 29 janvier 2019 12 h 06

      Je dirais plutôt que l'extrême gauche a récupéré "cette idée", voyant que le prolétariat leur échappait. Cette gauche néomarxiste s'en sert comme instrument de lutte contre le néolibéralisme.

  • Loyola Leroux - Abonné 29 janvier 2019 09 h 43

    Mais qui sont donc ces nouveaux groupes et individus conformistes ?

    L’intellectuel Normand Baillargeon, fait preuve d’une grande pudeur et de diplomatie en n’identifiant pas ces groupes et les idées des individus du nouveau conformisme qu’il dénonce. En les nommant, il me semble qu’il les aiderait. Le fait qu’il oppose ‘’l’universalisme libéral, largement inspiré des Lumières, et les politiques de l’identité, inspirées du postmodernisme’’, ne relève-t-il pas de la naïveté pédagogique en pensant que les gens à qui il s’adresse, les nouveaux conformistes, ont les capacités intellectuelles pour comprendre des notions aussi complexes. Comparer Voltaire, Rousseau, Kant avec Derrida, Foucault, Deleuze, etc. requiert une grande intelligence, que peu possèdent à part Michel Onfray. N’oublions pas que ces conformistes sont issus des ‘’Humaines sciences’’ sans maths, qu’ils se retrouvent surtout dans l’enseignement, que 75% d’entre eux coulent l’examen de français en 4e année de bac, et que, même s’ils possèdent un Post-Doc, ne peuvent comprendre ces concepts.

    Son jeune âge excuse en partie sa retenue. Les nouveaux conformistes sont les descendants des Frères, Sœurs, Peres, Moines de la génération précédente qui perdit ses habits avec la Révolution tranquille. Le fait de perdre leur uniforme n’a pas fait passer leur QI de 80 à 100 ! L’avantage du contrôle religieux qui s’exprimait à l’époque par le fameux Imprimatur empêchait les plus simples d’entre eux d’écrire ou de dire n’importe quoi, ce qui n’est plus le cas de nos jours sur les réseaux sociaux. L’église en orientant ses plus intellectuels vers des études sur le sexe des anges, la viduité, la prière, etc., encadrait les plus excités. Le Pape exigeait même des plus bizarroïdes de garder le silence dans un monastère. Il y a 100 ans, il aurait écrit la même critique des curés de l'époque. Malgré ses critiques tres claires, le problème reste entier, ceux qui le lisent n’ont pas besoin de le lire, ceux qui ont besoin de le lire ne le lisent pas.

  • Alain Roy - Abonné 29 janvier 2019 10 h 30

    Bégueulisme

    Terme utilisé par l'historien britannique Orlando Figes dans son livre (La Révolution russe, Éditions Denoel 2007) et qui désigne le soucis exacerbé des jeunes bolchéviques de la première heure de s'emmurer dans leur crédo, tant par la dialectique marxiste que par l'habillement, leur aversion pour l'alcool, la consommation idéalisée du thé et autres comportements identditaires.
    On retrouve hélas ce même néobégueulisme aveugle autant dans plusieurs organismes ou regroupements de la société civile que dans les groupes vociférateurs des médias sociaux.