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Le décès samedi dernier, à 86?ans, du compositeur, chanteur et pianiste fran?ais Michel Legrand a laissé ses admirateurs sur le carreau. Comme s’il leur enlevait en partant des pans de leur jeunesse et peut-être de leur innocence. Vrai cliché que d’évoquer la fin d’une époque, mais son legs et son profil sont tellement à l’opposé du cynisme actuel qu’on mesure soudain le fossé qui nous en sépare.

Il a été enterré vendredi dans un Paris aux centaines de commerces placardés à la suite des manifs des gilets jaunes, où la frustration générale est palpable, où la beauté de la Ville Lumière se voit déparée par des graffitis moches, des aires historiques envahies par les commerces touristiques à trois sous?; sympt?mes d’un malaise plus général.

Et alors que la France, le Québec, les états-Unis et le monde entier rendent hommage à ce compositeur populaire qui a laissé beaucoup de lui-même sur tant de territoires et pour tant d’oreilles, Michel Legrand, avec sa pulsion de vie, sa créativité débridée, son optimisme fondamental, semblait déjà en son age m?r étranger à nos temps présents.

Ce n’est pas que l’homme aux trois Oscar n’ait mis en musique, sur des registres baroques, jazzés, rocks, pop — ou tous genres télescopés — que des sentiments heureux. La mélancolie suintait de ses oeuvres phares portées au cinéma, mais le romantisme aussi, filant entre les notes comme un clair motif de la chanson Les moulins de mon coeur pour L’affaire Thomas Crown, des dialogues entonnés des Demoiselles de Rochefort, des Parapluies de Cherbourg et de Peau d’?ne de Jacques Demy, son ame soeur artistique.

Ces airs-là nous revenaient en tête au lendemain de sa mort, remplis de légèreté, de lyrisme, de confiance en l’humanité. Surtout ceux des Parapluies de Cherbourg, filmtotalement chanté, pari fou auquel nul ne croyait, coiffé de la Palme d’or à Cannes en 1964 et qui lan?a comme une balle la toute jeune Catherine Deneuve.

On a évoqué aussi son célèbre Legrand jazz, album mythique en 1958 de classiques de jazz sous sa direction orchestrale avec des monstres sacrés, dont John Coltrane, Bill Evans et Miles Davis. Si diversifiée, l’oeuvre du musicien fran?ais, que la postérité ne saura guère dans quelle case le ranger.

Il n’y a jamais eu d’age d’or, pourtant. Et le Michel Legrand qui grandit durant la dernière guerre sous l’Occupation, fils d’un père compositeur infantile, démissionnaire et collabo, celui qui vit la tête d’un soldat américain exploser devant ses yeux et qui eut longtemps pour seul compagnon d’envol le vieux piano Pleyel familial, aurait pu soigner des chocs post-traumatiques son existence durant. Par tempérament et par go?t du jeu, il fon?ait à l’assaut du moment présent.

Avoir eu pour professeur de piano au Conservatoire de Paris l’exigeante, tyrannique et exceptionnelle Nadia Boulanger lui aura appris à déchiffrer les partitions musicales les plus ardues. Enseignement classique qu’il allait métisser à sa guise, mais dont la rigueur et l’esprit de discipline lui servirent à jamais.

C’est ce que révèle sa passionnante autobiographie, écrite avec Stéphane Lerouge, publiée en 2018 chez Fayard, J’ai le regret de vous dire oui. à lire, pour cette saisissante trajectoire artiste qui ne saurait se résumer post mortem aux Parapluies de Cherbourg.

L’éclectisme de Michel Legrand lui fit croiser au cinéma, en studio et sur scène tant de sommités de toutes les branches, à des époques diverses, que sa vie se lit comme un roman d’aventures et un pan d’histoire de l’art. Igor Stravinski ne lui aura-t-il pas enseigné le caractère mystérieux du talent artistique?? ??Quand on est un vrai créateur, on ne sait jamais très bien ce que l’on fait.??

De Francis Poulenc à Darry Cowl, de Ray Charles à Boris Vian, de Miles Davis à Oscar Peterson, de Maurice Chevalier à Jacques Brel, en passant par Stéphane Grappelli, John Cage et tant d’autres, ses compagnons de route ont enfanté l’histoire musicale de modernité, livrée pour mémoire en fragments. ??Bach, Mozart ou Ravel, c’est ma langue maternelle. Le jazz, c’est ma première langue vivante??, écrivait-il avant de demander?: ??Existerait-il une fa?on de combiner, d’amalgamer toutes ces cultures???? — Oui. Au cinéma.

Qu’il ait composé d’un c?té ou de l’autre de l’Atlantique la musique de films de Jean-Luc Godard, Barbra Streisand, Sidney Pollack, Richard Brooks, Joseph Losey, Jean-Pierre Melville, Chris Marker, Orson Welles, Jacques Demy, Marcel Carné, Agnès Varda et compagnie, toutes vagues du cinéma confondues, nourrit sa légende.

Le parcours de Michel Legrand était un parcours de liberté. Il aura enfourché tant de défis sans crainte, alors que la peur est si forte aujourd’hui. On lève aussi notre chapeau à son swing évanoui.

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  • Jeanne Gendreau - Abonnée 2 février 2019 13 h 50

    MIchel Legrand

    Madame Odile Tremblay, une vraiment belle chronique sur MIchel Legrand que vous avez écrite ce samedi 2 février, une semaine après son décès.Depuis la semaine dernière, je revois les films de Demy, je l'ai revu, tout jeune dans "Cléo de 5 à 7"d 'Agnes Varda,j'écoute les balados de France Musique et autres, j'ai vu le documentaire récent "Michel Legrand, sans demi-mesure", etc. Je découvre de plus en plus le génie de cet homme. Et j'aimerais aussi retrouver quelque part son premier disque: "I love Paris" et celui dont vous parlez, avec Miles Davis et compagnie qui ont accompagné ses compositions de façon tellement spontanée!
    Merci pour ce bel hommage que vous lui avez fait!

    Jeanne Gendreau