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Aubray Allicock, qui incarne le jeune Emile Griffith, est vocalement crédible.
Photo: Yves Renaud Aubray Allicock, qui incarne le jeune Emile Griffith, est vocalement crédible.

Champion, de Terence Blanchard, est la proposition d’opéra contemporain de cette saison 2018-2019 à l’Opéra de Montréal.

Le projet repose sur deux très solides piliers. Au premier chef, le spectacle relevé du très remarquable metteur en scène James Robinson, dans un cadre con?u par Allen Moyer habillé de projections recherchées, bourrées de précieuses archives, de Greg Emetaz. Dispositifs, images, éclairages et costumes rendent crédibles d’incessants passages entre les années 1950-1960 (l’enfance, le boxeur en activité) et le présent (la démence sénile du vieux ??champ??).

Ensuite, le livret très habile de Michael Christopher, superbement articulé, intègre bien le procédé du flashback et fournit des textes clés à des solos qui auraient pu et d? être de très grands airs?: deux pour la mère du boxeur ??Seven Children?? et ??Far away, long ago??, un pour le boxeur ??What makes a man?? et un pour le chapelier impresario ??How does it feel to kill a man??. Ce livret n’hésite pas à être vulgaire. Voyez la phrase avec laquelle Emile Griffith aborde sa future femme dans un bar?: ??Je me?suis juré que lorsque je rencontrerai une femme qui aurait un plus beau cul que le mien, je l’épouserai.?? Ce à quoi elle lui répond en substance?: ??Tu penses m’intéresser avec une approche aussi banale????

Ce n’est pas le cercle des poètes disparus, mais on est dans le milieu de la boxe…

La musique, hélas…

Si la technique d’approche féminine du boxeur Emile Griffith est assez gauche, c’est peut-être parce que seules les conventions de son temps et de son milieu l’amènent à ??se ranger?? de son homosexualité. Champion, l’histoire d’Emile Griffith qui tue un opposant sur le ring après que l’autre l’eut insulté sur son homosexualité, nous a été largement présenté par l’Opéra de Montréal comme un opéra focalisé sur l’identité sexuelle. Il y a beaucoup plus que cela.

Au-delà de la question sexuelle, traitée sans clichés et avec tact (malgré une scène de drague crue au IIe acte), il y a la pauvreté et le statut des Noirs dans les années 1950, avec cette femme qui ne peut garder ses enfants?; le poids des conventions dans la destinée humaine?; les questions d’identité et un procès en règle du monde de la boxe.

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Qui tue qui, ici?? Le boxeur avec ses poings?? La société qui mène la mère d’émile dans la rue et la force à abandonner ses enfants?? Le chapelier qui détourne Emile de sa vocation et le pousse dans un ring?? Le business de la boxe qui envoie Kid Paret à l’abattoir?? Emile lui-même, qui se consume à ne pas accepter qui il est??

Loin de la question sexuelle, le moment musical phare de l’oeuvre est l’air ??How does it feel to kill a man?? du chapelier devenu manager, qui accuse les organisateurs du combat d’avoir envoyé Kid Paret dans le ring avec un reste de commotion cérébrale et les journalistes de se taire par compromission. Ce moment dramatique là, magnifié par la voix de Brett Polegato, qui domine le plateau, on aimerait le rencontrer ailleurs dans un opéra musicalement désespérément pauvre.

La musique alterne schématiquement ??classique?? pour l’époque actuelle et gospel/jazz pour des flashbacks dynamisés par le Montreal Jubilation Gospel Choir. Classique médiocre?; jazz moyen. Intéressant de voir Champion le jour de la mort de Michel Legrand, créateur qui visait la fusion et l’anoblissement des genres et introduisait une culture classique dans le jazz, en infusant le tout de mélodies. Blanchard chute sur deux écueils. Il écrit des lignes mélodiques peu marquantes et sait très rarement quoi faire de l’orchestre ??classique?? en dessous. Une pensée pour les musiciens de l’OSM, piégés dans cette grisaille monotone.

Moment symbolique de cet échec, le livret est con?u pour que le grand air de Griffith (??What makes a man??) tombe, sur le plan dramatique, au moment équivalent du monologue d’Oppenheimer dans Doctor Atomic de John Adams. Comparer l’impact des deux airs et leur traitement orchestral serait mesurer le mont Royal à l’Himalaya.

Alors se pose encore une fois la question suivante?: certes, il est courageux de promouvoir la création, mais à quoi rime ce ramdam autour d’ouvrages de 6e?rayon dans une ville dont l’Opéra n’organise aucun contact avec le minimum vital du répertoire lyrique du XXe?siècle, que ce soit Lady Macbeth de Chostakovitch, ou les ouvrages de base de Britten ou de Janá?ek?? ??Montréal, ville de jazz?? n’a que faire de Champion?: quel amateur de jazz va être intéressé par ce patchwork musical?? Et quel amateur de classique, au fond?? Des spectateurs de Broadway, égarés, peut-être…

Reste que le superbe spectacle, qui dépasse nettement le substrat musical qu’il sert, est défendu par une équipe remarquable, un excellent chef, et une distribution très avisée, vocalement crédible entre un Griffith vieillissant (Arthur Woodley d’une superbe aura) et jeune (Aubray Allicock). Nous les avons tous appréciés, avec un coup de chapeau à Nathan Dibula, un jeune enfant chantant juste, Meredith Arwady dans le r?le subalterne de la tenancière de bar et Sebastian Haboczki qui fait un travail exceptionnel de caractérisation vocale en annonceur de combat (belle idée de la cloche et de l’annonceur, bien traitée).

Un dernier bon mot à la technique puisque la représentation, notamment les dialogues, est soutenue par une discrète amplification, juste un tout petit peu trop forte sur les protagonistes de la passerelle dans l’inévitable choeur final, sorte de nouvelle convention du genre pour tirer la larmichette au spectateur. Au moins Terence Blanchard nous aura évité le cliché du contre-ténor de service. On le remercie grandement pour cela.

Champion

Opéra de Terence Blanchard sur un livret de Michael Christopher (2013). Arthur Woodley (Emile Griffith), Aubrey Allicock (Griffith jeune), Nathan Dibula (Griffith enfant), Brett Polegato (Howie Albert), Catherine Daniel (la mère), Chantale Nurse (l’épouse), Asitha Tennekoon (Luis, le fils adoptif), Victor Ryan Robertson (Benny Paret Jr.), Meredith Arwady (Kathy Hagan), Sebastian Haboczki (Annonceur), Scott Brooks (homme au bar), Choeur de l’Opéra de Montréal, Montreal Jubilation Gospel Choir, Orchestre Symphonique de Montréal, George Manahan. Mise en scène?: James Robinson. Chorégraphies?: Sean Curran. Décors?: Allen Moyer. Costumes?: James Schuette. éclairages?: Christopher Akerlind. Vidéo?: Greg Emetaz. Salle Wilfrid-Pelletier, samedi 26?janvier. Reprises?: mardi, jeudi et samedi.